Tribune conjointe ICT-FIDH dans EUobserver : Les Tibétains d’Europe menacés de persécution en Chine avec la nouvelle loi sur « l’unité ethnique »

La Présidente d’International Campaign for Tibet (ICT), Tencho Gyatso, et le Président de la Fédération Internationale pour les Droits Humains (FIDH), Alexis Deswaef, ont coécrit une tribune publiée dans EUobserver analysant les implications de la nouvelle loi chinoise sur la « promotion de l’unité et du progrès ethniques », qui entrera en vigueur le 1er juillet 2026. L’article met en garde contre le fait que cette législation renforce les politiques d’assimilation de Pékin à l’encontre des Tibétains et d’autres groupes ethniques, et pourrait faciliter des formes de répression transnationale s’étendant au-delà des frontières chinoises, y compris contre les communautés tibétaines en Europe. Les auteurs appellent l’Union européenne et ses États membres à prendre des mesures plus fermes pour protéger les droits humains et répondre aux risques posés par cette nouvelle loi.

La tribune a été initialement publiée par EUobserver le 9 juin 2026 et est reproduite ci-dessous.

Opinion

Les Tibétains d’Europe risquent menacés de persécution en Chine sous la nouvelle loi sur « l’unité ethnique »

Par Tencho Gyatso et Alexis Deswaef, Bruxelles, 9 juin 2026, 16:43
https://euobserver.com/219724/tibetans-in-europe-risk-persecution-in-china-under-new-ethnic-unity-law/

La « loi sur la promotion de l’unité et du progrès ethniques » entrera en vigueur le 1er juillet en Chine. Présentée par Pékin comme un instrument de cohésion nationale, elle constitue en réalité une nouvelle étape d’une politique d’assimilation bien documentée visant les Tibétains, les Ouïghours, les Mongols et d’autres populations considérées comme des « minorités ethniques » par le Parti communiste chinois.

Pour l’Union européenne, qui se définit elle-même par le principe de « l’unité dans la diversité », cette nouvelle législation devrait servir d’avertissement.

Cette loi codifie en pratique des politiques et des pratiques de sinisation déjà mises en œuvre depuis plusieurs années, notamment sous la présidence de Xi Jinping. Elle promeut un modèle social homogène qui réduit l’espace du pluralisme et de la diversité.

Plusieurs dispositions de la loi illustrent cette tendance. La priorité accordée au mandarin dans toutes les sphères publiques relègue de facto d’autres langues, comme le tibétain, à un statut secondaire. Or la langue est le fondement même de l’identité culturelle : sa marginalisation compromet directement la transmission de la culture d’une génération à l’autre.

Risques de poursuites

Un autre élément préoccupant est la portée extraterritoriale du texte. L’article 63 permet la poursuite d’individus ou d’organisations à l’étranger accusés de porter atteinte à « l’unité ethnique ». Cette formulation volontairement vague ouvre la voie à une répression transnationale visant les diasporas, y compris en Europe.

Des citoyens européens d’origine tibétaine, dont plusieurs milliers vivent en Europe, pourraient être exposés à des arrestations et détentions arbitraires, voire à des mauvais traitements ou à la torture, s’ils se rendent en Chine ou au Tibet. Nous pourrions même être poursuivis simplement pour avoir rédigé cet article critique de la loi.

Plus largement, les autorités chinoises ont utilisé le peuple tibétain pour tester les restrictions intégrées dans cette nouvelle loi avant de les appliquer à l’ensemble du pays. Les Tibétains du Yunnan actuel ont été les premiers à voir une loi similaire introduite dès 2010, tandis que la Région autonome du Tibet a vu apparaître une version « modèle » de ce type de loi en 2020.

Le 16 avril, huit rapporteurs spéciaux des Nations unies ont dénoncé les implications de la loi, estimant qu’elle pourrait aggraver les restrictions aux droits culturels, linguistiques et religieux.

Les experts ont également souligné le caractère systémique des violations qu’elle entraîne au regard du cadre juridique chinois lui-même, notamment la Constitution, ainsi que des obligations internationales de la Chine.

Plus tôt en avril, le Parlement européen a également adopté une résolution exprimant sa « grave préoccupation » face à une législation qui « promeut ouvertement des politiques d’assimilation » et restreint les libertés fondamentales, et appelant à son abrogation.

L’histoire européenne montre que la marginalisation culturelle et linguistique est un outil classique des régimes autoritaires pour assimiler les populations sous leur contrôle.

Sous l’Union soviétique, la russification a ciblé les langues nationales en Estonie, Lettonie, Lituanie et Ukraine, en particulier à partir des années 1930 sous Joseph Staline. De même, le régime de Benito Mussolini en Italie a imposé l’italien au détriment de l’allemand dans le Tyrol du Sud, tandis que l’Allemagne nazie d’Adolf Hitler a réprimé l’usage des langues locales dans les territoires annexés.

Ces expériences se reflètent dans les principes fondateurs de l’Union européenne, qui reconnaissent la diversité culturelle et linguistique non pas comme une menace, mais comme une force centrale à protéger.

Cet engagement de longue date contraste avec l’approche de Pékin, où la diversité est présentée comme une menace à gérer plutôt que comme une richesse à préserver.

Représentant spécial de l’UE pour le Tibet

Compte tenu des implications graves de la nouvelle loi chinoise, l’UE et ses États membres ne peuvent se contenter de simples déclarations de principe ou du statu quo. Ils doivent au contraire démontrer leur engagement à protéger activement les droits des Tibétains, des Ouïghours, des Mongols et d’autres groupes ethniques en Chine, et à demander des comptes au gouvernement chinois pour ses violations continues des obligations internationales en matière de droits humains.

L’UE devrait, par exemple, nommer un représentant spécial pour le Tibet — à l’image de ceux existant pour le processus de paix au Moyen-Orient ou pour le Sahel — afin de mieux coordonner les politiques européennes sur le Tibet et d’empêcher Pékin de mettre en œuvre une stratégie de « diviser pour régner » entre États membres de l’UE sur les questions liées au Tibet.

Elle devrait également renforcer ses mécanismes de lutte contre la répression transnationale et imposer des sanctions ciblées contre les individus et entités impliqués dans la mise en œuvre de cette loi.

Les dirigeants européens devraient enfin soutenir activement la reprise d’un dialogue direct entre représentants chinois et tibétains afin de trouver une solution durable à la crise de longue date qui affecte le Tibet depuis son invasion en 1950 et la fuite du Dalaï-Lama en exil.

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