L’éminent défenseur tibétain de l’environnement et lanceur d’alerte contre la corruption Anya Sengdra a été libéré de la prison de Mianyang le 7 février 2026. Sa peine de sept ans avait pris fin l’année dernière, mais les autorités chinoises l’ont arbitrairement prolongée d’un an avant de le libérer soudainement la semaine dernière.
Bien que Sengdra soit rentré au domicile familial dans le canton de Kyangche (chinois : Jiangqian), dans le comté de Gande (Gade), au Qinghai, dans l’est du Tibet, les premiers témoignages indiquent qu’il a souffert de graves complications de santé en détention, notamment une perte de vision, une maladie rénale et des problèmes de tension artérielle. Les autorités chinoises empêcheraient Sengdra et sa famille d’évoquer son cas ou de partager des photos ou des vidéos de lui sur les réseaux sociaux, et il ne serait pas autorisé à se déplacer pour recevoir des soins médicaux.


Engagement environnemental et lutte contre la corruption
Anya Sengdra, un nomade de 55 ans, est devenu un leader communautaire respecté grâce à ses efforts constants pour protéger l’écosystème fragile du Tibet et dénoncer les abus des autorités locales. En 2014, il avait fondé avec d’autres nomades une organisation bénévole appelée Mangdon Ling (« Forum des affaires publiques »). À travers cette organisation, il avait fait campagne contre l’exploitation minière illégale, le braconnage d’espèces menacées et le détournement de fonds publics par des responsables locaux.
Son action visait notamment la mauvaise gestion des programmes de lutte contre la pauvreté et des subventions au logement destinées aux nomades relocalisés. Dans un cas précis, il avait notamment dénoncé l’utilisation abusive de 18 millions de yuans destinés à des infrastructures de logement qui ne semblent jamais avoir été construites. Ses actions ont abouti à des résultats concrets, les locaux considèrant que ses campagnes – et ses arrestations – avaient poussé les autorités à enfin verser les subventions promises et les allocations minimales de subsistance.
Arrestation et procédures judiciaires
En 2014, les autorités chinoises ont arrêté Sengdra pour des accusations d’activités illégales et l’ont condamné à un an et trois mois de prison. Il a été libéré de la prison de Dongchuan à Xining le 18 octobre 2016.
Moins de deux ans plus tard, le 4 septembre 2018, les autorités chinoises ont de nouveau arrêté Sengdra, cette fois pour « trouble à l’ordre public » et « rassemblement en vue de troubler l’ordre public ». Ces accusations en vertu de l’article 293 du code pénal chinois sont souvent utilisées pour réduire au silence les militants critiques à l’égard de l’État. Pendant les 48 premiers jours de sa détention, Sengdra aurait été battu et privé d’accès à un avocat.
Le 6 décembre 2019, le tribunal du comté de Gande l’a condamné à sept ans de prison. Son avocat, Lin Qilei, a fait valoir que les accusations étaient infondées et faisaient partie d’une répression plus large contre les « forces de l’ombre », que le gouvernement utilisait pour cibler l’expression politique et culturelle au Tibet.
Tout au long de son emprisonnement, des rapports ont régulièrement signalé la détérioration de sa santé. Les membres de sa famille, autorisés à une brève visite en août 2025 après des années de refus d’accès, ont décrit son état fragile. Il aurait souffert d’hypertension et n’aurait pas reçu de soins médicaux adéquats pendant sa détention.
Prolongation arbitraire de la peine de prison
Sengdra devait initialement être libéré le 3 septembre 2025. Cependant, les autorités chinoises ne l’ont pas libéré à cette date et ont prolongé sa peine jusqu’au 7 février 2026. Des sources fiables indiquent que cette prolongation serait fondée sur des « violations du règlement pénitentiaire » ou des accusations de vol, sans qu’aucune annonce officielle ni procédure judiciaire transparente n’ait été communiquée. Des organisations telles que la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH) ont dénoncé cette prolongation comme une forme de détention arbitraire violant les normes internationales d’un procès équitable.
Plaidoyer international
L’affaire d’Anya Sengdra a attiré une attention internationale importante. En août 2023, trois experts indépendants des Nations Unies ont exhorté le gouvernement chinois à fournir des informations sur sa santé et les conditions de sa détention, soulignant que le manque d’information semblait constituer une tentative délibérée de cacher sa situation au monde.
En octobre 2025, le 42ᵉ congrès de la FIDH à Bogota a adopté une résolution urgente demandant sa libération immédiate et inconditionnelle. La résolution a exprimé sa solidarité avec les défenseurs tibétains de l’environnement, confrontés à une persécution croissante alors que le gouvernement chinois intensifie ses projets d’exploitation minière, de construction de barrages et d’urbanisation sur le plateau tibétain.
Soutenez les Tibétains dans leur lutte pour la liberté en faisant un don ici !