Depuis plus de sept décennies, le Parti communiste chinois (PCC) utilise le Tibet comme laboratoire fondamental pour étendre et perfectionner son appareil de sécurité intérieure. Ce qui a commencé comme une occupation militaire s’est transformé au XXIᵉ siècle en un système sophistiqué de répression, caractérisé par une surveillance en réseau, des postes de police dits « de proximité », une police préventive et la création de vastes bases de données ADN. Ces mécanismes, perfectionnés à travers le suivi systématique de millions de Tibétains, ne sont désormais plus limités au plateau tibétain.
Les analyses de plusieurs centres de recherche, d’universitaires et d’International Campaign for Tibet montrent que la Chine cherche aujourd’hui activement à conditionner et exporter à l’échelle mondiale son modèle de gouvernance autoritaire fondé sur la sécurité, notamment par la formation de forces de sécurité étrangères. Cette diffusion est facilitée par le ministère chinois de la Sécurité publique et par le cadre de l’Initiative pour la sécurité mondiale (Global Security Initiative, GSI) de Xi Jinping. Pékin joue ainsi un rôle sans précédent dans la structuration des pratiques de sécurité publique, des organes de sécurité intérieure et des normes technologiques dans des pays d’Asie, d’Afrique, d’Amérique latine et du Pacifique.
Ce modèle issu du Tibet tend à devenir progressivement une référence mondiale de facto en matière de gouvernance sécuritaire autoritaire. En privilégiant la protection du régime au détriment des droits humains, il représente un défi fondamental à l’ordre international démocratique. À mesure que ce modèle se diffuse, il normalise à l’échelle internationale des formes de contrôle autoritaire. La notion de « maintien de la stabilité » (weiwen), qui constitue depuis des décennies l’objectif central du PCC au Tibet, est en train de s’imposer comme une nouvelle norme mondiale, susceptible de remplacer les normes existantes fondées sur la protection des droits humains consacrés par le droit international.
La diffusion de la GSI et l’exportation de ce modèle façonné au Tibet marquent un changement de paradigme dans la gouvernance internationale de la sécurité. Lorsque des États adoptent des pratiques de type chinois de police préventive et de « maintien de la stabilité », ils importent l’idée selon laquelle la dissidence constitue une menace sécuritaire. Cette assimilation erronée affaiblit le cadre international des droits humains et accélère le recul démocratique à l’échelle mondiale.
Recommandations pour la communauté internationale
- Veiller à ce que le modèle chinois de « maintien de la stabilité » façonné au Tibet ne devienne pas une référence favorisant la normalisation du contrôle autoritaire à l’échelle mondiale.
- Mettre en lumière et promouvoir la responsabilité du Chinese Communist Party pour la répression au Tibet. La stratégie du Parti pour le Tibet a des implications mondiales : le traitement répressif des Tibétains par la Chine est repris par des gouvernements dans de nombreuses autres régions du monde.
- Imposer des sanctions et élargir les listes d’entités afin d’y inclure toutes les entités chinoises exportant des mécanismes de « maintien de la stabilité », utilisés pour promouvoir l’autoritarisme via des formations sécuritaires et des formes de coordination associées dans d’autres pays.
- Les démocraties devraient contrer activement l’exportation des modèles de gouvernance chinois à l’échelle mondiale. Cela implique de renforcer les programmes d’assistance en matière de sécurité dans les pays partenaires et de proposer des alternatives viables, centrées sur la sécurité humaine, aux modèles chinois de contrôle autoritaire et social.
- Mettre en œuvre des obligations strictes de diligence raisonnable pour les entreprises locales fournissant des composants destinés aux technologies de surveillance chinoises, susceptibles d’être utilisées dans des violations des droits humains.
- Conditionner l’engagement avec la Chine à des audits en matière de droits humains et encourager les Nations unies à enquêter sur le rôle de la formation des forces de police chinoises dans la diffusion de pratiques autoritaires à l’étranger.
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