Alors que le ministre du Commerce extérieur et de la Coopération au développement des Pays-Bas Sjoerd Sjoerdsma s’apprête à diriger une mission commerciale néerlandaise à Pékin et Shanghai, le média public néerlandais NOS a publié un article d’enquête important qui mérite l’attention des décideurs politiques néerlandais avant leurs rencontres avec leurs homologues chinois.
L’article de NOS, intitulé « Alleen nog les in het Mandarijn: China perkt ruimte voor minderheden verder in » (« Uniquement des cours en mandarin : la Chine réduit encore davantage l’espace accordé aux minorités ») expose clairement ce que la nouvelle loi chinoise sur « l’unité ethnique » signifie concrètement pour les Tibétains, les Ouïghours, les Mongols et d’autres communautés que l’État chinois qualifie de « minorités ethniques ». Nous encourageons toutes les personnes qui suivent le déplacement du ministre Sjoerdsma, ainsi que celles qui se préoccupent des droits humains en Chine, à lire l’article dans son intégralité.
Ce que la loi prévoit
La loi, officiellement adoptée par l’Assemblée populaire nationale chinoise en mars à une écrasante majorité, est entrée en vigueur cette semaine. Pékin la présente comme un instrument visant à promouvoir l’unité, l’harmonie sociale et une identité nationale commune. Les experts interrogés par NOS y voient une réalité différente : une nouvelle étape dans une campagne de longue date visant à réprimer les minorités ethniques, désormais inscrite de manière permanente dans la loi.
Dans la pratique, explique l’article, cette loi consacre le mandarin comme langue dominante à l’échelle nationale. Des enfants âgés d’à peine trois ans peuvent désormais être instruits uniquement en mandarin plutôt que dans leur propre langue, notamment le tibétain ou l’ouïghour. Les parents qui continuent malgré tout à transmettre leur langue maternelle à leurs enfants risquent une visite des autorités, et des organisations de défense des droits humains rapportent que des voisins se dénoncent entre eux simplement parce que le mandarin n’est pas parlé à la maison.
NOS revient sur l’origine de ces politiques, qui remontent à l’annexion du Tibet en 1951 et à des décennies de mesures visant à rendre les populations minoritaires « plus chinoises », un processus qui s’est fortement accéléré sous Xi Jinping. L’article rappelle que plus d’un million d’Ouïghours ont été détenus dans des camps dits de « rééducation », que la langue mongole a été pratiquement interdite dans les écoles de Mongolie intérieure, et que les expressions religieuses et culturelles des groupes minoritaires ont progressivement été restreintes.
Comme l’explique au NOS le chercheur de Human Rights Watch Yalkun Uluyol, aucune de ces mesures n’est nouvelle. Ce que fait la nouvelle loi, c’est les rendre permanentes et officielles, en transformant des pratiques autrefois considérées comme informelles ou simplement « indésirables » en infractions inscrites dans la loi. L’article compare ce processus à la manière dont le mouvement de protestation à Hong Kong a d’abord été réprimé au moyen de règlements ordinaires, avant que la loi sur la sécurité nationale ne permette des arrestations massives d’avocats, de manifestants et de journalistes.
Une loi qui dépasse les frontières chinoises
L’un des aspects les plus préoccupants pour un public européen concerne la portée extraterritoriale de la loi, mise en lumière par NOS. Celle-ci criminalise les comportements d’individus ou d’organisations, où qu’ils se trouvent dans le monde, lorsqu’ils sont considérés comme portant atteinte à « l’unité et au progrès ethniques » ou comme « semant la division ethnique ». L’article cite notamment le cas de Zhang Yadi, une étudiante de 23 ans arrêtée l’année dernière pour avoir « semé la division » après avoir participé, alors qu’elle étudiait en France, à une plateforme de promotion de la langue tibétaine. Elle a été arrêtée lors d’un voyage en Chine pour rendre visite à ses parents.
Pourquoi nous avons porté cette question devant la Chambre des représentants
C’est précisément pour cette raison qu’à l’approche de cette visite, l’International Campaign for Tibet Europe s’est associée à une coalition d’organisations ouïghoures, mongoles, hongkongaises et tibétaines afin de soumettre une pétition à la commission des Affaires étrangères de la Chambre des représentants néerlandaise (Tweede Kamer), et de rencontrer des parlementaires pour les appeler à adopter une position plus ferme. Comme nous l’avions indiqué à l’époque, la coalition a demandé au Parlement :
- d’organiser une réunion urgente entre la coalition et le ministre Sjoerdsma avant son départ, avec un compte rendu présenté ensuite au Parlement ;
- d’adopter une résolution déclarant que la loi sur l’unité ethnique est incompatible avec le droit international des droits humains ;
- d’assurer un suivi officiel des motions relatives au Tibet adoptées par le Parlement en avril 2025 ;
- de renouveler son soutien à la création d’un représentant spécial de l’Union européenne pour le Tibet, le Turkestan oriental, Hong Kong et la Mongolie méridionale.
L’article de NOS renforce la pertinence de chacune de ces demandes. Une loi qui impose l’enseignement exclusif du mandarin aux enfants tibétains et ouïghours, et qui peut poursuivre des membres des diasporas comme Zhang Yadi au-delà des frontières chinoises, ne peut pas être considérée par les Pays-Bas comme une simple question secondaire dans le cadre des discussions commerciales.
Nous continuons d’appeler le ministre Sjoerdsma à soulever directement cette loi auprès des responsables chinois à Pékin et Shanghai, et à veiller à ce que les préoccupations relatives aux droits humains figurent explicitement dans tout compte rendu officiel de cette visite, plutôt que d’être reléguées au second plan par les intérêts commerciaux.
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